L’histoire mondiale de mon âme

Au théâtre de Lons-le-Saunier (39)
Mardi 22 mai à 20h30 (durée estimée 1h30) – dés 15 ans
10€ – réservation obligatoire auprès de la Maison du Théâtre

Rencontre avec l’équipe à l’issue de la représentation

Texte Enzo Cormann – Mise en espace Philippe Delaigue – Complicités lumineuse et sonore Sébastien Marc et Guillaume Vesin – Avec Enzo Cormann – Distribution en cours

En 2016, Enzo Cormann a entrepris la composition d’un grand ensemble dramatique sobrement intitulé L’histoire mondiale de mon âme et composé de 99 pièces de 30 minutes chacune. C’est à la restitution de cette oeuvre monumentale que vous êtes conviés, tout en sachant que 99 multiplié par 30, ça fait 2 970, soit 49 heures et demie de représentation – l’équivalent, donc, de deux journées et de deux nuits consécutives…

Ah non. Au temps pour nous. Vous n’entendrez que trois des neuf pièces composant le premier tome de ce grand ensemble (dont la rédaction est loin d’être achevée) que le metteur en scène Philippe Delaigue vous présentera sous la forme de lectures scéniques. Et trois pièces de trente minutes, ça fait bien… une heure et demie. On se disait aussi…
Le beau sous-titre qui regroupe ces trois pièces est une phrase que Federico García Lorca écrivit en juin 1936, deux mois avant son assassinat : Les créatures ne veulent pas être des ombres. Mais qui sont ces créatures ? Nous ? Et ces ombres ? Sont-elles celles du plateau ? Si les créatures ne veulent pas être des ombres, cela signifie-t-il que la mise en espace de Philippe Delaigue se fera sous le plein feu des projecteurs ? Non. Plutôt que vous y croiserez une belle palette de présences intranquilles, hantées par l’inconsistance et par l’oubli. Mais venez donc assister à cette proposition singulière pour savoir exactement de quoi il retourne. Sans votre sac de couchage, du coup…

 

 

 

Enzo Cormann

Le théâtre est un nombre complexe, qui a pour nom « singulier pluriel ».
Vous travaillez seul à une table durant des heures, des semaines, des années, puis du jour au lendemain vous voici envahi : comédiens, metteurs en scène, scénographes, costumiers, concepteurs de lumière, compositeurs de son, régisseurs, administrateurs, directeurs de théâtre… débarquent chez vous, fouillent vos tiroirs, exhument vos fichiers, échafaudent des plans, proposent des dates, réclament des déclarations d’intention, des commentaires, des explications… Confronté au texte, si patiemment extirpé du néant et peaufiné, l’acteur arrache les mots à la page, à l’écran, pour les bouffer tout crus et s’en faire l’inventeur. Le metteur en scène sait mieux que quiconque — y compris que vous-même, l’auteur ! — ce qu’il convient de retenir d’un texte, ou de passer sous silence ; il est au centre d’un dispositif au sein duquel se croisent incessamment quantité de collaborateurs artistiques, techniques, administratifs, culturels… Seuls la brochure du tapuscrit, ou le livre édité, peuvent encore témoigner de la solitude qui fut la vôtre durant le temps (béni ?) de la rêverie, de la documentation, de l’écriture… Dans la cohue de la mise en théâtre, des préparatifs et des répétitions, l’écrivain disparaît, s’évapore. Peu de gens dans les couloirs et sur la scène du théâtre savent à quoi il ressemble – savent-ils seulement s’il est ou non encore vivant ?
Le singulier s’est fait pluriel. Mais ce pluriel-là n’a rien de général, d’indistinct : c’est un pluriel hanté par une subjectivité-fantôme. Il y a un « je » tapi dans la pénombre de la salle, qui prête des mots à la parole plurielle. En se faisant dramaturge, ce « je », ce singulier, a opté pour un « devenir imperceptible » : plutôt que de psalmodier comme un mantra le « moi-je » solipsiste, il a choisi le « je nous » utopien — « je nous imagine », plutôt que « moi je pense »…
Ce métier, cette disposition existentielle, sont les miens. J’ai publié mon premier livre de théâtre à l’âge de 29 ans. J’en ai aujourd’hui 65, et ce processus de dissolution dans le collectif artistique et l’assemblée théâtrale me mettent en joie. Mieux et plus encore : ce devenir imperceptible est devenu mon mode de vie.
C’est donc à vivre, en tout premier lieu, que m’invitent au long de cette saison 2017/2018, Les Scènes du Jura, à Lons-le-Saunier et à Dole – ce dont je ne saurais trop les remercier. Qu’ai-je à offrir en partage ? De petites expériences sensibles, empathiques et pensives, des questionnements, des paroles, des paraboles… susceptibles de faire théâtre.

Hors jeux, pièce publiée en 2013, que j’interprète seul dans la mise en scène de Philippe Delaigue, et le dispositif sonore conçu par Philippe Gordiani.
Puis, dans le cadre du temps fort Identités nomades :
Comme un chorus de bleu, jazz poem que je performerai en compagnie d’un trio de jazz conduit par mon vieux complice, le saxophoniste Jean-Marc Padovani.
Je m’appelle, choeur mémorial des naufragés de la croissance, partiellement écrit par un groupe de Jurassiens en situation précaire, à partir du texte homonyme que j’ai publié en 2008.
L’histoire mondiale de mon âme, que mettra en espace Philippe Delaigue.

 

Quatre rendez-vous singuliers et pluriels que je nous propose par l’entremise des Scènes du Jura, comme autant de pas de côté, d’itinéraires bis, de lignes de fuites…

 

Enzo Cormann

 

 

Auteur d’une trentaine de pièces de théâtres et de textes destinés à la scène musicale, traduits et joués dans de nombreux pays.
Performeur, il se produit régulièrement depuis 1989 sur les scènes jazzistiques et théâtrales.
En compagnie du saxophoniste Jean-Marc Padovani, il conduit depuis 1990 l’équipée jazzpoétique de « La grande ritournelle ».
Romancier, il a publié plusieurs romans aux Éditions Gallimard.
Maître de conférences, il enseigne à l’ENSATT , à Lyon (au sein de laquelle il dirige depuis 2003 le département des Écrivains Dramaturges), ainsi qu’à l’UNIVERSITÉ CA RLOS III de Madrid.
Depuis 2014, il assure également la direction artistique du STUDIO EUROPÉEN DES ÉCRITURES POUR LE THÉÂTRE.

 

BIBLIOGRAPHIE
Depuis 1982, date de parution de son premier opus, Enzo Cormann a publié une cinquantaine d’ouvrages, principalement aux Éditions de Minuit, aux Éditions
Gallimard, et aux Solitaires Intempestifs. Derniers ouvrages parus :
Ce que seul le théâtre peut dire, essai, Les Solitaires Intempestifs, 2012
Bluff, théâtre, Les Solitaires Intempestifs, 2012
Le Blues de Jean Lhomme, conte musical, La Joie de lire, Genève, 2013
Hors-jeu, théâtre, Les Solitaires Intempestifs, 2013
Pas à vendre, roman, Éditions Gallimard, 2014
Personne ne bouge, théâtre, Les Solitaires Intempestifs, 2017
Pour en savoir plus : http://cormann.net