Spectacle NON(S)

Au théâtre de Lons-le-Saunier (39)
Vendredi 6 avril à 20h30 (durée estimée 1h15)
9€ – réservation obligatoire auprès de la Maison du Théâtre

Texte et mise en scène Magali Mougel – Assistante Dramaturge Jana Remond (élève au département Écrivains Dramaturges de l’ENSATT) – Son Fred Jarabo – Avec Marion Lévy, Leïla Brahimi

 

Quelles sont nos capacités de résistance à la vie ambiante, quelles sont nos forces pour faire de notre vie, un rêve, pour dire « Non (vraiment), ça va ! » ou « Non (vraiment), je vais faire autrement ! » ou « Non, je ne veux pas (ou plus) ! » ?

Cette question se pose dès lors que l’on est crapaud fou, préférant quitter le troupeau pour arpenter les sentiers battus quand tous les batraciens courent vers la même mare ; et peut-être plus encore, lorsqu’on est une femme.
En effet, la vie, ses injonctions, ses croyances, ses hiérarchies nous tiennent au corps, nous composons avec elles, jouons des coudes, Opinel entre les dents, pour trouver une façon d’être qui nous appartiennent et dans laquelle nous nous retrouvons pleinement. Cela souvent commence par un NON. Ferme et irrévocable. Un NON qui fait changer le cours des choses, un NON qui redéfinit et ouvre les portes de pistes que nous pensions interdites, un NON. Ces non(s) sont multiples. Ces non(s) sont fondamentaux. Chacun est singulier et particulier. Et tous participent à nos émancipations, à nos possibilités de marcher librement et rendent possible pour nous et les autres à venir, la possibilité de redéfinir l’histoire autrement.
NON(s) se propose donc d’être une tentative de rassembler, récupérer, écrire et dire haut et fort ces grands NON qui, un jour, ont été dits et de les ressembler dans un petit manuel poétique et pratique, non-exhaustif et sensible des NON(s) à l’usage de toutes celles qui n’attendent qu’une chose : retrouver le plaisir d’arpenter les tempêtes sans courber la tête !
Pour cela, mesdames, j’aurai besoin de vous, de vos récits, de vos témoignages, de vos mots. Je partirai donc sur les routes, crayon et papier dans les poches, micro dans le sac, rencontrer celles qui auront dit NON.

Magali Mougel

Magali Mougel

C’est toujours un moment étonnant quand on reçoit cette proposition de venir travailler pour une saison avec un théâtre, son équipe et les personnes qui le côtoient. Je me demande toujours si je vais être à la hauteur. À la hauteur de la rencontre.
Ma présence sur cette saison a d’abord été motivée par une rencontre, celle de l’équipe des Scènes du Jura, mais aussi des spectateurs, spectatrices, en 2015 lors du temps fort PLURIELLES. J’ai tout de suite senti qu’on allait pouvoir inventer, titiller et remuer le monde dans lequel on avance. Donc cette saison, on va se croiser. On va se parler. On va écrire ensemble.
Comment ça tourne chez vous ?
C’est la question que je vais peut-être vous poser en premier lieu.
Une fois passé le « ça va » de courtoisie, il y aura peut-être un décalage entre ce qu’on croit du monde qui nous entoure et ce qu’il est en réalité. Traquer ça, ce décalage est un jeu palpitant, chronophage, déconcertant parfois, inquiétant souvent, pouvant nous rendre suspicieux et paranoïaque, mais vous verrez, on y prend goût ! Alors, comment ça tourne chez vous ?
On va certainement marcher sur des oeufs avec une question pareille. Surtout quand on entraperçoit que ce qui régit nos vies ne repose pas simplement sur notre propre volonté à l’organiser telle que nous voudrions qu’elle le soit. Il y a toujours un moment où l’on est persuadé que nous aurons le droit d’aimer une femme si nous sommes une femme, et ce même si ce n’est pas la norme ; que nous aurons le droit d’avoir le corps que l’on a, même si les canons de beauté sont ce qu’ils sont et que cela ne nous empêchera pas d’exercer le travail que l’on veut ; que nous aurons le droit de choisir quand et comment nous aurons des enfants ; que nous saurons envoyer au diable le premier crétin qui à la première engueulade nous mettra son poing dans la figure. Peut-être qu’en réalité, nous allons apprendre qu’il faut toujours avoir la main sur l’Opinel pour s’en sortir. Être sur ses gardes. Comme Calamity Jane, essayer de ne plus s’asseoir dos aux portes, histoire d’avoir toujours un oeil sur ce qui pourrait s’engouffrer dans le saloon !
Bon, nous n’allons pas changer le monde ! Mais simplement nous allons prendre le temps d’inventer ce que ce monde pourrait être s’il était autrement. D’une certaine façon, ce que nous allons faire ensemble, c’est poser comme fondement que ce qui est à la marge, un peu dans l’ombre n’est pas qu’un bruit inaudible auquel il ne faudrait pas prêter intentions, mais un discours construit, pertinent, dissensuel qui nous montre autres choses que les choses apparentes. Nous allons raconter les stratégies que nous inventons pour imaginer des mondes autres que ceux que la vie, l’école, la société, la famille, etc. nous imposent, parfois, malgré elles. C’est-à-dire, regarder ce que dans nos quotidiens, nous inventons pour nous réhydrater, les fugues, les chemins de contrebande qu’on trace et qui nous permettent de continuer à être au monde. Il y en a plein des espaces de résistance individuels et/ou collectifs ! Nous pourrions toutEs être des guérillères, des guérilléros ordinaires.
Alors à nos échappées à venir ! J’espère que tout ça va nous déplacer !
Magali Mougel

photo © Jean-Pierre Angei

Née en 1982, Magali Mougel a été formée à l’ENSATT , dans le département Écrivain Dramaturges et y intervient aujourd’hui de façon régulière. Autrice et dramaturge pour le théâtre, elle s’empare du quotidien et l’interroge par le prisme de la fiction. Elle se prête régulièrement à l’exercice de la commande et collabore avec différent-e-s metteur-e-s en scène (Johanny Bert, Simon Delattre, Michel Didym, Baptiste Guiton, Olivier Letellier, Hélène Soulié entre autres).
Ses textes sont publiés aux Éditions Espaces 34 et aux Éditions Actes Sud et beaucoup d’entre eux ont fait l’objet de traduction vers l’allemand, l’anglais, l’espagnol et l’italien.

BIBLIOGRAPHIE
Théâtre
The Lulu Projekt, Éditions Epsaces 34, 2017
Elle pas princesse, lui pas héros, Actes Sud-Papiers, 2016
Penthy sur la bande, Éditions Espaces 34, 2016
Suzy Storck, Éditions Espaces 34, 2013
Guérillères ordinaires, Éditions Espaces 34, 2013
Erwin Motor, dévotion, Éditions Espaces 34, 2012
Varvara # Essai 1, Waterlily # Essais 2, Éditions l’Act Mem, 2007